Simplification des financements européens : ce qui change concrètement
L'essentiel. Dossier unique, guichet unique, coûts forfaitaires : ce que la simplification du budget européen change vraiment pour les candidats aux financements.
La Commission européenne 2024-2029 a fait de la simplification budgétaire une promesse centrale. Pour une entreprise, une collectivité ou une association qui candidate à un financement de l’Union, cela se traduit par des mesures concrètes déjà en vigueur et d’autres à venir dans le cadre du prochain budget pluriannuel 2028-2034 : réduction du nombre de programmes, coûts forfaitaires élargis, règlement unique et guichet numérique centralisé. Mais la Cour des comptes européenne rappelle que la promesse de simplification ne bénéficie pas toujours aux bénéficiaires finaux autant qu’annoncé.
Pourquoi la simplification est devenue une priorité politique
Le budget de l’Union européenne pour la période 2021-2027 s’est déployé à travers 43 programmes de dépenses auxquels s’ajoutent 16 instruments hors budget examinés dans le rapport — fonds de garantie, mécanismes de prêt, facilités sectorielles. C’est le diagnostic que pose la Cour des comptes européenne dans son Rapport spécial 05/2023, « Le paysage financier de l’Union européenne — Un assemblage disparate nécessitant plus de simplification » : le paysage financier de l’UE constitue une « juxtaposition d’instruments » aux gouvernances et règles hétérogènes, créée au fil des crises sans évaluation systématique des alternatives. Résultat : des candidats contraints de naviguer entre des formulaires, des règles d’éligibilité et des calendriers incompatibles d’un programme à l’autre.
La Commission von der Leyen II a inscrit la simplification budgétaire parmi ses priorités 2024-2029, avec l’objectif explicite de rendre le budget « plus simple dans son fonctionnement » pour que les fonds parviennent là où ils sont le plus utiles. Cette ambition se décline sur deux niveaux : les règles applicables dès aujourd’hui (le règlement (UE, Euratom) 2024/2509) et la refonte structurelle proposée dans le cadre financier pluriannuel 2028-2034.
Ce qui est déjà en place : le règlement financier 2024/2509
Le règlement (UE, Euratom) 2024/2509 du 23 septembre 2024, disponible sur EUR-Lex, refond les règles financières applicables au budget général de l’Union et est entré en application le 30 septembre 2024. Il introduit plusieurs mesures directement utiles pour les candidats.
Les options de coûts simplifiés
Le règlement 2024/2509 consolide et élargit les options de coûts simplifiés : montants forfaitaires, coûts unitaires standard et financements à taux forfaitaire. Le principe est de payer un résultat ou une activité à un montant convenu, sans exiger la justification facture par facture de chaque dépense réelle. Cette approche, déjà pratiquée dans les fonds structurels 2021-2027 (FEDER, FSE+) et dans Horizon Europe, réduit mécaniquement la charge de reporting et le risque d’erreur — le risque d’irrégularité se concentre en effet sur les programmes à remboursement de coûts réels, ainsi que le souligne le rapport annuel 2024 de la Cour des comptes européenne.
Concrètement, pour les salaires par exemple, il devient possible de déclarer un coût moyen par catégorie de personnel plutôt que de reconstituer le coût réel de chaque collaborateur heure par heure.
La réutilisation des données : fin des doublons
Le règlement pose le principe que toute information déjà disponible doit être réutilisée, afin d’éviter que des demandes multiples soient adressées aux mêmes bénéficiaires. Dans la pratique, cela signifie qu’une organisation déjà enregistrée sur le portail EU Funding & Tenders ne devrait plus avoir à re-saisir les mêmes informations à chaque candidature — le profil d’entité (Participant Identification Code, données bancaires validées, statuts) est réutilisé d’un appel à l’autre.
Horizon Europe : les montants forfaitaires comme nouvelle norme
Dans Horizon Europe, la Commission a accéléré le déploiement des lump-sum grants (subventions à montant forfaitaire). Leur avantage opérationnel est significatif : suppression du certificat sur les états financiers — quelle que soit la taille du budget déclaré — disparition du reporting financier détaillé et des obligations de conservation de factures à des fins d’audit de la Commission. L’évaluation porte sur l’achèvement des lots de travaux (work packages), pas sur la conformité de chaque ligne de dépense.
Le programme de travail Horizon Europe 2026-2027, adopté en 2025, intègre également une réduction de 35 % du nombre de topics ouverts par rapport au programme de travail 2023-2024, et une extension des appels en deux phases — autant de mesures qui allègent la charge de candidature pour des organisations qui, sans cela, investiraient des semaines dans des dossiers éliminés à mi-parcours.
Ce qui arrive avec le CFP 2028-2034 : la refonte structurelle
Le 16 juillet 2025, la Commission a présenté sa proposition de cadre financier pluriannuel 2028-2034. Cette proposition porte une ambition de simplification sans précédent depuis le traité de Maastricht. Trois transformations concrètes concernent directement les candidats.
De 52 à 16 programmes : la réduction du maquis
La proposition réduit le nombre de programmes de dépenses de 52 à 16, en regroupant les rubriques de 7 à 4. Du point de vue du candidat, cette rationalisation doit se traduire par moins de référentiels réglementaires à maîtriser, des règles d’éligibilité plus cohérentes entre les programmes, et une lisibilité accrue des opportunités de financement disponibles.
Le Fonds européen pour la compétitivité : un guichet unique pour les entreprises
Le Fonds européen pour la compétitivité fusionne douze programmes actuels — dont InvestEU, le Fonds européen de défense, EU4Health et le programme spatial. Avec Horizon Europe, ce nouveau fonds forme un bloc de 409 milliards d’euros consacré à la compétitivité dans la proposition CFP 2028-2034, selon la Commission européenne. Le fonds « fonctionnera selon un ensemble de règles unique et offrira un guichet unique aux demandeurs de financement », selon cette même communication. Pour une PME industrielle ou une ETI qui candidatait jusqu’ici à des appels distincts sous des règles incompatibles (InvestEU via des intermédiaires financiers, R&D via Horizon, santé via EU4Health), la convergence vers un cadre normatif unique représente un gain de lisibilité considérable.
Cette fusion est également pertinente pour comprendre la trajectoire des ressources propres de l’Union, dont les recettes SEQE et MACF sont appelées à cofinancer ces programmes.
Les plans de partenariat nationaux : ce que ça change pour les collectivités
Pour les fonds de cohésion, d’agriculture et de pêche, la proposition remplace plus de 500 programmes opérationnels régionaux et sectoriels par 27 plans de partenariat nationaux et régionaux — un par État membre — regroupant l’ensemble des fonds structurels sous un cadre opérationnel unique. Ce modèle s’inspire de la Facilité pour la reprise et la résilience (FRR), dont le principe est d’allouer les fonds contre des jalons de réformes et d’investissements plutôt que contre des remboursements de dépenses vérifiées.
Pour une collectivité territoriale ou une association opérant sur un territoire, cela signifie en théorie un seul interlocuteur national/régional, une enveloppe consolidée, et une logique de résultats plutôt que de justificatifs. En pratique, la mise en œuvre effective dépendra des choix des États membres dans la conception de leurs plans, ce qui laisse une incertitude sur l’ampleur réelle de la simplification au niveau du bénéficiaire final.
Ce que dit la Cour des comptes : les limites à ne pas ignorer
La Cour des comptes européenne, dans son Rapport spécial 05/2023 et dans son Avis 09/2026 sur la proposition de règlement portant réforme de la politique de cohésion pour 2028-2034, formule une mise en garde que les candidats expérimentés connaissent bien : la simplification pour les bénéficiaires risque d’être limitée par le fait que les exigences de mise en œuvre sont définies au niveau de l’UE et des États membres. Autrement dit, même si la Commission réduit ses propres strates réglementaires, chaque État membre ajoute ses propres couches de contrôle, d’audit et de reporting au niveau national — et ce sont souvent ces couches-là qui pèsent le plus lourd pour un porteur de projet.
La Cour rappelle également que les programmes à remboursement de coûts réels (par opposition aux montants forfaitaires) restent les principaux foyers d’erreurs dans les audits — un signal que l’adoption effective des coûts simplifiés par les autorités de gestion est encore incomplète sur le cycle 2021-2027.
Tableau de synthèse : avant / après pour les candidats
| Dimension | Situation actuelle (2021-2027) | Évolution annoncée (2028-2034) |
|---|---|---|
| Nombre de programmes | 52 programmes de dépenses | 16 programmes (proposition Commission) |
| Règles d’éligibilité | Hétérogènes selon les fonds | Règlement unique pour le Fonds européen pour la compétitivité |
| Justification des coûts | Remboursement de coûts réels (dominant) | Extension des montants forfaitaires (déjà Horizon Europe) |
| Point d’entrée candidats | Portails multiples selon les programmes | Guichet unique annoncé (proposition) |
| Fonds structurels (collectivités) | Programmes opérationnels régionaux multiples | 27 plans nationaux/régionaux intégrés |
| Audits financiers (Horizon) | Certificat sur états financiers obligatoire | Supprimé pour les projets en montant forfaitaire |
Ce qu’il faut distinguer : promesse politique, proposition législative, règle en vigueur
Un point de méthode s’impose pour éviter toute méprise dans la préparation d’un dossier.
- En vigueur aujourd’hui : le règlement (UE, Euratom) 2024/2509, les dispositions des règlements de programme 2021-2027 (FEDER, FSE+, Horizon Europe) et les guides des programmes de travail en cours. Ce sont les règles opposables à tout candidat qui dépose un dossier aujourd’hui.
- Proposition législative : la proposition de CFP 2028-2034 présentée en juillet 2025 est soumise à négociation entre le Conseil et le Parlement européen. Les arbitrages sur la simplification (notamment la fusion des programmes, le guichet unique) peuvent évoluer. Un accord final est espéré avant fin 2026, selon les conclusions du Conseil européen de décembre 2025.
- Communication politique : les déclarations des commissaires sur la « simplification » constituent des orientations, pas des obligations juridiquement contraignantes. Elles signalent la direction, pas l’aboutissement.
Pour un porteur de projet qui candidatera à des appels ouverts en 2025-2027, les règles applicables sont celles du cycle en cours. Les changements structurels du CFP 2028-2034 ne s’appliqueront qu’aux appels publiés sur la base des nouveaux règlements — au plus tôt début 2028, sous réserve d’un accord politique dans les délais.
Ce que les candidats peuvent faire dès maintenant
Indépendamment des négociations en cours sur le prochain CFP, plusieurs bonnes pratiques permettent d’alléger la charge administrative dans le cycle actuel.
- Enregistrement unique sur le portail Funding & Tenders : un profil d’entité complet et à jour (PIC, coordonnées bancaires validées, documents statutaires) évite de re-saisir les mêmes informations à chaque candidature et accélère la phase de signature de la convention de subvention.
- Privilégier les appels en montants forfaitaires lorsque l’option est disponible (notamment dans Horizon Europe) : la charge de reporting financier est sensiblement réduite, et l’audit financier post-projet est supprimé.
- Recourir aux options de coûts simplifiés dans les programmes FEDER/FSE+ : les autorités de gestion françaises proposent des barèmes de coûts unitaires et de taux forfaitaires qui réduisent le risque d’erreur et facilitent le contrôle.
- Anticiper les plans de partenariat : pour les collectivités et les opérateurs de programmes régionaux, la consultation publique sur les plans nationaux 2028-2034 représente une opportunité de peser sur les règles qui leur seront applicables. La fenêtre de concertation est ouverte.
Les organisations qui anticipent leur positionnement sur les premiers appels du CFP 2028-2034 disposent d’une fenêtre pour cartographier leurs priorités stratégiques avant la publication des premiers règlements. Le cabinet Hector Transitions accompagne les entreprises et les collectivités dans la structuration et le montage de dossiers européens, notamment pour identifier les options de financement les plus adaptées au profil du porteur et les mécanismes de coûts simplifiés applicables.
Questions fréquentes sur la simplification des financements européens
- Les règles de simplification du CFP 2028-2034 s’appliquent-elles aux appels ouverts aujourd’hui ?
- Non. Les appels publiés dans le cycle 2021-2027 sont régis par les règlements en vigueur pour cette période. Les nouvelles règles du CFP 2028-2034 ne s’appliqueront qu’aux programmes ouverts sur la base des nouveaux règlements, adoptés après accord politique entre Conseil et Parlement — au plus tôt 2028.
- Qu’est-ce qu’un montant forfaitaire (lump sum) et quand est-il avantageux ?
- Un montant forfaitaire est un mode de financement où la subvention est versée à hauteur d’un montant convenu dès lors que les activités contractuelles sont réalisées, sans justification facture par facture. Il est avantageux pour les organisations qui disposent d’une bonne maîtrise de leurs coûts prévisionnels et qui souhaitent réduire la charge de reporting financier. Dans Horizon Europe, il supprime l’obligation de certificat sur les états financiers.
- Le guichet unique annoncé remplace-t-il le portail Funding & Tenders actuel ?
- La proposition de la Commission pour 2028-2034 envisage un « Single Gateway » pour les programmes relevant du Fonds européen pour la compétitivité. Le portail Funding & Tenders reste la plateforme opérationnelle pour les candidatures relevant du cycle 2021-2027, et continuera à être utilisé pour Horizon Europe et les autres programmes gérés directement par la Commission.
Pour aller de l’information à l’action
Le cabinet Hector Transitions accompagne les entreprises et les collectivités dans le montage de dossiers européens, notamment dans le cadre des programmes liés au prochain CFP. Pour transformer cette lecture en démarche concrète, démarrez un projet avec Hector Transitions.
Avertissement éditorial : cet article est publié par l’Observatoire des Transitions, un outil édité par Hector Transitions. Il vise à informer les professionnels sur les évolutions réglementaires et financières liées à la transition. Il ne constitue pas un conseil juridique, fiscal ou financier.