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Taxonomie verte UE : 22,7 % des CapEx verts alignés en 2024

Par Dr Konstantin Ilchev · 20 août 2026 · Analyse sourcée

Données Financement Réglementation

L'essentiel. En 2024, les entreprises UE ont déclaré 273 Md€ de CapEx alignés sur la taxonomie verte (22,7 % de leurs investissements). La France se classe 2e européenne avec 51 Md€ alignés.

En 2024, les grandes entreprises européennes ont déclaré 273 milliards d’euros de CapEx alignés sur la taxonomie verte de l’UE — soit 22,7 % de leurs investissements déclarés — selon la Commission européenne (novembre 2025).

En 2024, les entreprises européennes soumises à l’obligation de reporting de la taxonomie verte ont déclaré 273 milliards d’euros de CapEx alignés sur les critères de la taxonomie verte de l’Union européenne — soit 22,7 % de leurs dépenses d’investissement totales déclarées, selon la Commission européenne (novembre 2025). Une progression par rapport aux 19,2 % de 2022, mais qui révèle aussi l’ampleur du chemin restant : les 77 % restants des CapEx déclarés ne franchissent pas encore les critères de l’alignement. Ce décalage entre périmètre réglementaire et conformité opérationnelle est l’un des indicateurs les plus révélateurs de la maturité ESG des entreprises européennes.

Le gap éligibilité-alignement : zoom sur les indicateurs des grandes entreprises

Une analyse privée d’EY portant sur 332 grandes entreprises non financières européennes cotées (EY EU Taxonomy Barometer 2025, février 2026) apporte un éclairage détaillé sur la répartition des indicateurs par KPI pour l’exercice 2024 :

La même étude mesure un écart encore plus marqué sur les dépenses opérationnelles (OpEx) : 36 % d’éligible contre 12 % d’aligné (EY EU Taxonomy Barometer 2025). Ces chiffres traduisent une réalité structurelle : déclarer qu’une activité entre dans le périmètre de la taxonomie est une chose ; démontrer qu’elle respecte l’ensemble des critères techniques et des exigences DNSH (Do No Significant Harm) en est une autre.

Ce contexte réglementaire s’inscrit dans une accélération normative que l’Observatoire a détaillée dans ses analyses réglementaires sur la CSRD et la CSDDD.

Les CapEx : le signal d’investissement le plus suivi

Les investissements (CapEx) constituent le thermomètre privilégié de la transition, car ils engagent les entreprises sur le long terme. Le tableau ci-dessous synthétise les données 2024 :

Indicateur Éligible Aligné Gap Source
CapEx UE (% des CapEx totaux déclarés) 46 % 16 % 30 pts EY Barometer 2025
CapEx alignés déclarés UE (valeur absolue) 273 Md€ Commission européenne, nov. 2025
CapEx alignés déclarés France (valeur absolue) 51 Md€ Commission européenne, nov. 2025
Infographie : Taxonomie verte UE — Part éligible vs alignée en 2024, sources EY et Commission européenne
Sources : EY EU Taxonomy Barometer 2025 (FY2024, 332 entreprises non financières UE) · Commission européenne (novembre 2025) · Sustainalytics (données FY2023)

Avec 273 milliards d’euros de CapEx alignés déclarés en 2024 (contre 278 Md€ en 2023 et 191 Md€ en 2022), les volumes d’investissement verts déclarés restent élevés en valeur absolue, même si la légère baisse par rapport à 2023 mérite attention (Commission européenne — EU Taxonomy’s uptake on the ground, novembre 2025). Le taux d’alignement des CapEx atteint 22,7 % des CapEx totaux déclarés (contre 22,5 % en 2023 et 19,2 % en 2022), ce qui traduit une progression réelle mais encore lente.

La France se distingue en se classant au 2e rang européen avec 51 milliards d’euros de CapEx alignés déclarés, derrière l’Allemagne (80 Md€) (Commission européenne, novembre 2025). Cela place la France dans le peloton de tête des contributeurs absolus à l’investissement vert déclaré en Europe.

La France au-dessus de la moyenne européenne : un alignement qui progresse

Si la France contribue fortement en valeur absolue, sa situation relative est favorable par rapport à la moyenne européenne. Selon l’EY EU Taxonomy Barometer 2025, les entreprises françaises déclarent en 2024 :

L’écart entre éligibilité et alignement reste donc substantiel en France également : 43 points sur le CA, soit un gap encore plus marqué qu’en moyenne européenne. Cela reflète en partie la composition sectorielle du CAC 40 et de ses pairs, avec une forte présence d’activités industrielles et énergétiques dont l’éligibilité est large mais l’alignement exigeant.

Sur le plan de la couverture déclarante, une étude du cabinet privé KPMG France (septembre 2025) portant sur 54 grands groupes français non financiers indique que 91 % déclarent désormais au moins une activité alignée, contre 87 % en 2023. La progression est réelle, mais elle confirme que l’enjeu n’est plus la couverture du reporting, c’est la profondeur de l’alignement.

Cette dynamique est à rapprocher de l’évolution du mix énergétique français, analysée dans nos indicateurs de transition publiés par l’Observatoire : un socle décarboné qui facilite l’alignement taxonomique des activités énergivores.

Pourquoi le gap persiste : complexité technique et effet de seuil

La persistance de l’écart entre éligibilité et alignement s’explique par plusieurs facteurs structurels.

La complexité des critères DNSH. Pour être alignée, une activité doit non seulement contribuer substantiellement à l’un des six objectifs environnementaux de la taxonomie, mais aussi ne pas nuire significativement aux cinq autres (Do No Significant Harm) et respecter des garanties minimales sociales. Ces exigences cumulatives constituent un verrou opérationnel majeur, en particulier pour les chaînes de valeur complexes.

Une proportion significative d’entreprises à zéro alignement. Selon une étude de Sustainalytics (Current State of EU Taxonomy Alignment 2024), agence ESG privée, portant sur plus de 1 300 entreprises non financières européennes sur des données de l’exercice 2022-2023, 42 % déclaraient un taux d’alignement nul. Ce chiffre, à titre indicatif sur la période précédente, illustre que les taux moyens d’alignement masquent une réalité bipolaire : quelques grands acteurs tirent les moyennes vers le haut, tandis qu’une large fraction du panel reste à zéro.

La pression réglementaire sur la qualité du reporting. L’ESMA a identifié en priorité d’enforcement pour 2024 l’utilisation obligatoire des tableaux normalisés imposés par le Règlement délégué (UE) 2021/2178 (ESMA — ECEP 2024, octobre 2024). Ce signal régulateur indique que la cohérence formelle du reporting reste un chantier ouvert, avant même de parler de la substantialité de l’alignement.

Un Green Asset Ratio financier encore très faible. Du côté des acteurs financiers, la Commission européenne relève un taux GAR (Green Asset Ratio) moyen de seulement 2,8 % (816 Md€ sur 28 000 Md€ d’actifs totaux déclarés) (Commission européenne, novembre 2025).

Sur le plan du cadre déclarant, l’obligation de publier des indicateurs d’éligibilité est en vigueur en France depuis le 1er janvier 2022 (article 8 du Règlement (UE) 2020/852), et l’obligation d’alignement depuis le 1er janvier 2023 (Règlement délégué Règlement délégué (UE) 2021/2178). Le champ CSRD devait initialement couvrir plus de 50 000 entreprises en Europe — périmètre que le paquet Omnibus, analysé dans notre décryptage Directive Omnibus I, propose de recentrer sur les entreprises de plus de 1 000 salariés.

Ce que ça signifie pour les PME et ETI fournisseurs

Le reporting taxonomie reste aujourd’hui une obligation des grandes entreprises — celles soumises à la NFRD/CSRD avec plus de 500 salariés pour le premier cycle. Mais ses effets se propagent rapidement dans les chaînes de valeur. Les grands groupes, confrontés à leurs propres exigences d’alignement et aux questions de leurs investisseurs, reportent des demandes de données sur leurs fournisseurs : décarbonation des procédés, traçabilité des matières, critères DNSH sur les fournisseurs de rang 1 et 2.

Pour une PME ou une ETI industrielle française, ne pas anticiper ces exigences, c’est risquer d’être déréférencée au profit de fournisseurs capables de documenter leur contribution aux objectifs taxonomiques de leur donneur d’ordres. Ce phénomène est déjà observable dans les secteurs de l’énergie, de la construction et des transports, qui concentrent l’essentiel des CapEx alignés déclarés.

Hector Transitions accompagne les entreprises dans leur mise en conformité avec les exigences CSRD et taxonomie, ainsi que dans l’identification des financements européens mobilisables pour soutenir les investissements d’alignement.

Questions fréquentes sur la taxonomie verte UE

Quelle est la différence entre une activité éligible et une activité alignée à la taxonomie verte UE ?
Une activité est éligible si elle entre dans le périmètre des activités économiques couvertes par la taxonomie (Règlement (UE) 2020/852). Elle est alignée si, en plus, elle contribue substantiellement à au moins un des six objectifs environnementaux, ne nuit pas significativement aux cinq autres (critère DNSH — Do No Significant Harm), et respecte des garanties sociales minimales. En 2024, les grandes entreprises européennes déclarent en moyenne 36 % de CA éligible mais seulement 10 % aligné (source : EY EU Taxonomy Barometer 2025, panel privé de 332 entreprises).
La taxonomie verte UE s’applique-t-elle aux PME ?
Directement, l’obligation de reporting Article 8 ne concerne que les grandes entreprises soumises à la CSRD (plus de 250 salariés pour les sociétés cotées, calendrier progressif jusqu’en 2028). Cependant, les PME et ETI fournisseurs de grands groupes subissent indirectement la pression : leurs donneurs d’ordres leur demandent des données sur la décarbonation et la traçabilité pour calculer leurs propres indicateurs d’alignement. Le champ initial de 50 000 entreprises prévu sous CSRD est en cours de révision dans le cadre du paquet Omnibus.
Pourquoi les CapEx alignés représentent-ils un pourcentage plus élevé que le chiffre d’affaires aligné ?
Les investissements (CapEx) se concentrent sur des projets ponctuels et planifiés — transition énergétique, décarbonation industrielle — plus facilement documentables et alignables que l’ensemble du chiffre d’affaires courant. Selon la Commission européenne (novembre 2025), 22,7 % des CapEx totaux déclarés sont alignés, contre environ 10 % du CA (source EY, panel privé 332 entreprises). L’écart reflète l’investissement délibéré dans la transition plutôt que la transformation de l’activité courante.

Pour aller plus loin

Le gap éligibilité-alignement est un indicateur structurant pour mesurer la crédibilité de la transition des entreprises européennes. Sa stabilité entre 2023 et 2024 — 10 % de CA aligné dans les deux cas — indique que les progrès sont lents, et que l’augmentation des entreprises déclarantes (1 303 en 2024 contre 1 086 en 2022 selon la Commission) n’est pas encore synonyme d’approfondissement de l’alignement. Les années 2025-2027, avec l’entrée en vigueur progressive du reporting CSRD pour les entreprises de taille intermédiaire, constitueront une période charnière.

Vous souhaitez évaluer la position de votre entreprise face aux exigences de la taxonomie verte et de la CSRD ? Contactez l’équipe Hector Transitions pour démarrer un diagnostic.


Cet article est publié par l’Observatoire des Transitions, un média édité par Hector Transitions. Il est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil juridique, financier ou réglementaire. Les informations reflètent l’état des textes à la date de publication (août 2026) ; les interprétations réglementaires peuvent évoluer. Toute décision doit faire l’objet d’une vérification auprès d’un professionnel qualifié.

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