Émissions GES France 2024 : -33 % depuis 1990
L'essentiel. 367,0 Mt CO2e en 2024 (-3,0 % sur un an, -33 % depuis 1990) : la France progresse mais doit encore accélérer pour respecter la SNBC-3.
La France a émis 367,0 millions de tonnes d’équivalent CO2 (Mt CO2e) en 2024, soit une baisse de 3,0 % sur un an et d’environ 33 % depuis 1990. Ce progrès est réel — mais encore insuffisant : atteindre l’objectif de la Stratégie nationale bas-carbone (SNBC-3) en 2030 exigerait un rythme de réduction de l’ordre de 5 % par an, contre 3,0 % constaté. La France avance dans la bonne direction, mais doit encore accélérer.
367,0 Mt CO2e en 2024 : la France accélère sa réduction
Selon le Rapport Secten 2026 du CITEPA (16 juin 2026), les émissions nationales de gaz à effet de serre hors UTCATF (utilisation des terres, changement d’affectation des terres et foresterie) s’établissent à 367,0 Mt CO2e en 2024, contre 378,2 Mt en 2023. La variation annuelle est de -3,0 %, soit -11,2 Mt CO2e.
Ce chiffre mérite d’être mis en regard des années précédentes. En 2023, les émissions avaient déjà baissé significativement, sous l’effet de la contraction industrielle post-crise énergétique. La baisse de 3,0 % en 2024 représente une accélération notable par rapport aux rythmes observés avant 2019, où la baisse annuelle moyenne n’était que de 2,8 Mt CO2e par an entre 2015 et 2018. La dynamique récente est positive, mais insuffisante au regard du budget carbone fixé par la SNBC-3.
-33 % depuis 1990 : un progrès réel
La trajectoire de long terme est indéniablement positive. Le Rapport Secten 2026 du CITEPA (données définitives 2024) documente une réduction d’environ 33 % depuis 1990, passant d’un niveau de l’ordre de 546 Mt à 367,0 Mt — soit environ 179 Mt de moins en trente-quatre ans. Le communiqué du ministère de la Transition écologique, publié conjointement pour 2024 et les premières estimations 2025, mentionne une réduction de -34,3 % depuis 1990 pour 2025 (données préliminaires CITEPA, 359,4 Mt CO2e). Les deux figures sont cohérentes : -33 % pour 2024 (Secten 2026, définitif) et -34,3 % pour 2025 (estimations préliminaires).
Cette tendance historique atteste d’une transformation structurelle de l’économie française : montée en puissance du nucléaire et des renouvelables dans le mix électrique, déclin de l’industrie lourde émettrice, amélioration de l’efficacité énergétique des bâtiments. Le budget carbone de la SNBC-2 (2019-2023), hors UTCATF, a été respecté — ce qui constitue un résultat notable. En revanche, le secteur UTCATF n’a pas tenu ses objectifs : les puits forestiers, affaiblis par les sécheresses successives et les attaques de scolytes, ont perdu en capacité d’absorption, ce qui pèse sur le bilan global.
Note méthodologique : la série Secten a fait l’objet d’une rupture en 2025, avec révision de la comptabilisation du bois mort dans le périmètre UTCATF. Les comparaisons antérieures à Secten 2025 ne sont donc pas directement homogènes. Par ailleurs, les données 2024 pour les secteurs des déchets et de l’UTCATF correspondent aux chiffres 2023 reconduits, faute d’indicateurs court terme disponibles à la date de publication.
Secteur énergie : le moteur de la baisse 2024
Le secteur de l’industrie de l’énergie enregistre la plus forte réduction de l’année : -15,1 % selon le Rapport Secten 2026 du CITEPA (16 juin 2026, données définitives). Cette performance s’explique principalement par la remontée en puissance du parc nucléaire français, qui avait connu des arrêts massifs en 2022-2023, et par la progression des énergies renouvelables. Le mix électrique français atteint désormais 95 % de production bas carbone (voir notre indicateur sur le mix électrique 2024), ce qui réduit mécaniquement les émissions des centrales thermiques. Note méthodologique : le Baromètre CITEPA d’avril 2026 (données provisoires) indiquait -10,2 % pour ce secteur ; les données définitives du Rapport Secten 2026 constituent la référence retenue ici.
Ce secteur illustre l’effet de levier d’une politique énergétique cohérente : des investissements structurels dans la production décarbonée produisent des baisses d’émissions rapides et durables. C’est précisément le type de signal que les marchés carbone et les mécanismes de tarification intègrent dans leurs modèles de prix.
Transports : premier secteur émetteur, retard persistant
Avec 124,9 Mt CO2e, les transports demeurent de loin le premier secteur émetteur de la France, représentant environ un tiers des émissions totales. La baisse sur 2024 n’est que de -1,2 % — un rythme très en deçà de l’effort sectoriel requis.
Le ralentissement de la décarbonation des transports reflète plusieurs dynamiques : la reprise du trafic aérien et routier post-pandémie, un déploiement encore insuffisant des infrastructures de recharge pour véhicules électriques, et la lenteur du renouvellement du parc de véhicules lourds. En l’absence d’une accélération significative — électrification du parc, report modal, sobriété — ce secteur restera un point de blocage structurel dans la trajectoire française.
Bâtiments et industrie : encore en deçà des objectifs
Le secteur des bâtiments (résidentiel et tertiaire) émet 56,1 Mt CO2e en 2024, avec une baisse de -1,6 % selon le Rapport Secten 2026. L’industrie manufacturière et la construction affichent 59,6 Mt CO2e (-3,6 %), deux secteurs qui progressent mais dont le rythme reste insuffisant au regard des objectifs SNBC-3.
L’agriculture reste au deuxième rang sectoriel avec 77,5 Mt CO2e selon le Rapport Secten 2026, un secteur structurellement difficile à décarboner en raison de la nature biologique de ses émissions (méthane entérique, protoxyde d’azote des sols). Le tableau ci-dessous résume la répartition sectorielle 2024.
| Secteur | Émissions 2024 (Mt CO2e) | Variation 2023-2024 |
|---|---|---|
| Transports | 124,9 | -1,2 % |
| Agriculture | 77,5 | données Secten 2026 |
| Industrie manufacturière et construction | 59,6 | -3,6 % |
| Bâtiments (résidentiel + tertiaire) | 56,1 | -1,6 % |
| Industrie de l’énergie | ~33,2 * | -15,1 % |
| Déchets | ~15,7 | données 2023 reconduites |
| Total hors UTCATF | 367,0 | -3,0 % |
Source principale : Rapport Secten 2026, CITEPA, 16 juin 2026 (données définitives). Total et variations sectorielles issues du Rapport Secten 2026 ; * valeur absolue industrie de l’énergie issue du Baromètre CITEPA d’avril 2026 (provisoire, en attente de mise à jour Secten). La variation -15,1 % est celle retenue dans le Rapport Secten 2026 (définitif).

SNBC-3 : encore insuffisant pour 2030
Le décret n° 2026-636 du 16 juillet 2026, publié au Journal officiel le 18 juillet 2026, fixe le budget carbone national (hors UTCATF) à 342 Mt CO2e par an en moyenne sur la période 2024-2028. La France termine 2024 à 367,0 Mt, soit 25 Mt au-dessus du budget annuel moyen. L’objectif 2030 est de 276 Mt CO2e (budget carbone 2029-2033 : 262 Mt/an).
Pour atteindre 276 Mt en 2030 depuis le niveau de 367,0 Mt en 2024, il faudrait réduire les émissions d’environ 91 Mt CO2e en six ans, soit un rythme de réduction de l’ordre de 5 % par an. Le rythme constaté en 2024 est de 3,0 % — positif, mais encore environ 1,7 fois insuffisant par rapport à la trajectoire requise. La France doit accélérer, sans rupture : c’est le message convergent du CITEPA et du ministère de la Transition écologique.
Le décret SNBC-3 est postérieur aux évaluations antérieures du CITEPA (Baromètre d’avril 2026) et constitue l’acte réglementaire opposable. Il succède à la SNBC-2 (budget 359 Mt/an sur 2019-2023), dont le respect hors UTCATF avait été constaté, et fixe une trajectoire sensiblement plus exigeante. Les engagements de la France au titre de l’Accord de Paris et de la loi Énergie-Climat du 8 novembre 2019 (article L. 100-4 du Code de l’énergie) sont alignés avec cet objectif.
Ce que cela implique pour les entreprises
Les émissions nationales ne sont pas une donnée abstraite pour les acteurs économiques. Plusieurs mécanismes réglementaires relient directement ces trajectoires macroéconomiques aux obligations des entreprises.
- CSRD et BEGES : la directive 2022/2464 sur le reporting de durabilité (CSRD), applicable en France par vagues depuis 2025, impose aux grandes entreprises de déclarer leurs émissions de gaz à effet de serre (scopes 1, 2 et 3) et d’indiquer leur trajectoire de réduction. La cohérence entre ces engagements individuels et la trajectoire nationale SNBC est un critère de crédibilité croissant pour les investisseurs et les banques.
- Taxonomie européenne : le règlement (UE) 2020/852 conditionne l’accès au label d’investissement durable à des activités économiques « substantiellement contributrices » à l’atténuation climatique — ce qui suppose des bilans carbone solides et des trajectoires de réduction documentées.
- CBAM (Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières) : pour les importateurs de produits carbonés (acier, aluminium, ciment, engrais, électricité, hydrogène), le prix des émissions incorporées dans les marchandises importées est désormais intégré dans le coût d’achat. En 2024, le prix du certificat CBAM s’établissait à plus de 75 €/t CO2e. Les décisions d’approvisionnement doivent intégrer cette variable. Voir notre analyse complète du CBAM en phase définitive.
- Financement de la décarbonation : plusieurs dispositifs publics conditionnent leur soutien à la démonstration d’une trajectoire bas-carbone — fonds ADEME, fonds Vert, appels à projets France 2030. Hector Transitions accompagne les entreprises dans l’identification et le montage de ces financements.
Questions fréquentes
La France a émis 367,0 Mt CO2e en 2024 (hors UTCATF), selon le Rapport Secten 2026 du CITEPA publié le 16 juin 2026. C’est une baisse de 3,0 % (-11,2 Mt CO2e) par rapport à 2023 (378,2 Mt CO2e) et d’environ 33 % par rapport à 1990.
Partiellement. La France dépasse le budget carbone SNBC-3 fixé à 342 Mt CO2e/an en moyenne sur 2024-2028 (décret n° 2026-636 du 16 juillet 2026), avec 367,0 Mt réalisés — soit 25 Mt au-dessus du plafond. La direction est bonne (-3,0 % en 2024), mais le rythme reste insuffisant pour rejoindre la trajectoire SNBC-3 (5 %/an requis).
Le secteur des transports est le premier émetteur, avec 124,9 Mt CO2e en 2024, soit environ un tiers des émissions nationales. La baisse n’est que de -1,2 % sur l’année, ce qui en fait le principal point de blocage de la trajectoire de décarbonation.
Sources officielles
- CITEPA — Rapport Secten 2026 (16 juin 2026)
- CITEPA — Baromètre des émissions de GES, avril 2026
- Ministère de la Transition écologique — Communiqué : émissions GES France 2024
- Légifrance — Décret n° 2026-636 du 16 juillet 2026 (SNBC-3, budgets carbone)
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